Au-delà de la distance à l’hôpital : comprendre l’accès aux secours en Sardaigne
Le 16 août 2026, Yael Trepy, jeune attaquant du Cagliari, est victime d’un accident dans la piscine d’une villa à Porto Cervo. Il manque de se noyer et son état nécessite une prise en charge urgente.
Après l’intervention du 118, il est transporté par hélicoptère à l’hôpital Santissima Annunziata de Sassari, où il est admis en soins intensifs. L’événement fait naturellement la une de la presse, notamment en raison de la gravité de son état et de sa qualité de joueur professionnel.
Mais au-delà du fait divers, cet accident met en lumière une question à laquelle on pense rarement lorsqu’on envisage de vivre ou d’acheter une résidence en Sardaigne : à quelle distance sommes-nous réellement des secours lorsqu’une urgence médicale survient ?
Comment sont organisées les urgences médicales en Sardaigne, et comment le territoire répond-il à la contrainte de la distance ?
La réponse est plus complexe qu’un simple calcul sur Google Maps.
Un hôpital à 60 kilomètres n’est qu’une partie de l’équation
Lorsqu’on étudie une propriété, certaines distances sont presque systématiquement vérifiées : l’aéroport, la plage, les commerces, les restaurants, parfois l’école.
La distance jusqu’à l’hôpital peut également entrer dans l’analyse, en particulier lorsqu’il s’agit d’une résidence destinée à être occupée une grande partie de l’année.
Mais connaître l’adresse de l’hôpital le plus proche ne permet pas, à elle seule, de comprendre l’accès réel aux soins d’urgence.
En cas d’accident grave, d’infarctus, d’AVC ou de traumatisme majeur, lorsque chaque minute compte, l’enjeu n’est pas nécessairement de rejoindre l’hôpital géographiquement le plus proche, mais l’établissement disposant du plateau technique adapté à la situation, dans les meilleurs délais.
C’est précisément l’une des fonctions du réseau d’urgence préhospitalière de la Sardaigne.
Trois hélicoptères pour couvrir le territoire sarde
Le service d’elisoccorso — le Helicopter Emergency Medical Service, ou HEMS — est géré par l’AREUS, l’Azienda Regionale dell’Emergenza e Urgenza della Sardegna. Il complète le dispositif terrestre d’ambulances et fait partie intégrante du réseau public d’urgence de l’île.
Trois hélicoptères lui sont actuellement affectés, depuis les bases d’Olbia, Alghero-Fertilia et Cagliari-Elmas.
Les appareils basés à Alghero et Cagliari opèrent pendant les heures diurnes. Celui d’Olbia, un AW139, fonctionne 24 heures sur 24, permettant également les interventions nocturnes.
Les hélicoptères sont activés par les centrales opérationnelles du 118 de Sassari et de Cagliari et peuvent intervenir sur l’ensemble du territoire régional.
L’objectif du dispositif est notamment de réduire les temps de transport et de permettre aux patients critiques d’accéder rapidement aux soins appropriés, en particulier pour les pathologies où le facteur temps est déterminant.
L’AREUS cite notamment l’infarctus du myocarde, l’AVC et les traumatismes majeurs. Elle souligne également le rôle de l’elisoccorso pour améliorer l’accès aux soins des personnes se trouvant dans des zones isolées ou caractérisées par des temps de trajet routier importants.
Autrement dit, l’hélicoptère ne supprime pas la contrainte géographique propre à une île vaste et relativement peu densément peuplée.
Il fait partie des moyens mis en place pour y répondre.

Porto Cervo attire l’attention. Mais ce service n’est pas réservé à Porto Cervo.
L’accident de Yael Trepy pourrait facilement donner une image trompeuse.
Une villa à Porto Cervo. La Costa Smeralda. Un joueur de football professionnel. Un transfert par hélicoptère.
On pourrait presque y voir un dispositif d’exception.
Ce n’est pas le cas.
L’elisoccorso appartient au système public d’urgence sanitaire. Son activation dépend de la situation médicale et des conditions opérationnelles, et non du statut social du patient.
On pourrait d’ailleurs objecter qu’une offre médicale privée existe à Porto Cervo même.
C’est exact.
Le Consorzio Costa Smeralda dispose depuis plus de quarante ans de ses propres Servizi Medici. La structure est privée mais ouverte à tous et se présente comme un point de premiers soins comparable à une garde médicale avancée. Elle propose notamment consultations générales et spécialisées, radiographies, échographies et autres examens, et dispose également d’un service d’ambulance pendant la saison estivale.
Cette présence constitue un véritable service médical de proximité. Mais proximité médicale et capacité de prise en charge d’une urgence grave sont deux notions différentes.
Le cas de Yael Trepy l’illustre : face à une situation critique, c’est la chaîne de l’urgence sanitaire qui a été mobilisée, depuis l’intervention du 118 jusqu’à son transfert par hélicoptère vers l’hôpital Santissima Annunziata de Sassari.
La présence d’une structure médicale à proximité est donc un élément important dans l’évaluation d’un lieu de vie,
mais elle ne dit pas, à elle seule, comment une urgence grave sera prise en charge.
Et c’est précisément là que la compréhension du réseau territorial — moyens terrestres, 118, elisoccorso et établissements hospitaliers — devient pertinente.
J’en ai eu une illustration beaucoup plus personnelle cet été.
En juillet, un membre de ma famille élargie a eu besoin d’une prise en charge urgente à Castelsardo. L’hélicoptère est intervenu et s’est posé dans la zone portuaire, permettant son transfert.
À Castelsardo cette fois, loin du contexte très médiatisé de Porto Cervo, le même principe : une urgence médicale et un dispositif public mobilisé lorsqu’il était nécessaire.
Cette expérience m’a fait regarder autrement une infrastructure dont on connaît l’existence, mais à laquelle on ne pense réellement que lorsqu’on en a besoin.

Un réseau plus étendu que ses trois bases aériennes
L’organisation est en réalité beaucoup plus maillée que la présence de trois bases d’elisoccorso pourrait le laisser penser.
En octobre 2025, l’AREUS annonçait le développement d’un réseau de 92 points d’atterrissage, comprenant des hélisurfaces hospitalières et des Siti Operativi HEMS, avec des capacités H12 ou H24. Trente étaient alors déjà opérationnels.
L’objectif est d’étendre la capacité opérationnelle de l’elisoccorso, d’améliorer la réponse aux interventions primaires et de faciliter les transferts urgents entre établissements hospitaliers.
C’est une distinction importante.
Lorsqu’on observe la Sardaigne sur une carte, certaines zones paraissent éloignées des grands centres hospitaliers. La réalité de l’accès aux secours dépend pourtant d’un ensemble de moyens : réseau routier, ambulances, équipes médicales et infirmières, points d’atterrissage, hélicoptères et, finalement, établissement hospitalier capable de prendre en charge la pathologie concernée.
La géographie médicale d’un territoire n’est donc pas exactement sa géographie routière.
Une île dont la population change profondément en été
À cette géographie particulière s’ajoute une autre réalité : la saisonnalité.
Certaines parties de la Sardaigne accueillent pendant l’été une population nettement supérieure à leur population résidente habituelle. Le système d’urgence doit donc répondre à une demande qui varie fortement selon les périodes de l’année.
Pour l’été 2026, l’AREUS a renforcé son dispositif préhospitalier dans plusieurs zones touristiques, notamment à Santa Teresa Gallura et San Teodoro, où des unités infirmières avancées fonctionnent 24 heures sur 24.
Ces moyens terrestres s’ajoutent au dispositif d’elisoccorso assuré depuis Olbia, Alghero et Cagliari.
Cette adaptation saisonnière est importante pour comprendre la réalité d’un territoire touristique : la population administrative d’une commune ne dit pas nécessairement combien de personnes s’y trouvent réellement au mois d’août.
Un réseau qui présente encore des disparités — et qui continue d’évoluer
Il serait néanmoins erroné de conclure que l’hélicoptère efface toutes les contraintes d’accès aux soins en Sardaigne.
Les documents de programmation de l’AREUS reconnaissent eux-mêmes des disparités territoriales dans l’accès aux soins. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles le réseau d’elisoccorso continue d’être renforcé.
Une étape importante a été franchie durant l’été 2026.
Le 6 août 2026, par la délibération n°287, l’AREUS a confié la conception de faisabilité technico-économique de la future base HEMS de Sorgono, qui doit devenir la quatrième base d’elisoccorso de Sardaigne. L’AREUS dispose désormais de 30 mois pour rendre cette nouvelle base opérationnelle.
Cette évolution s’inscrit dans le nouveau contrat régional d’elisoccorso pour la période 2027-2035, attribué à la société Airgreen et qui prendra effet le 1er janvier 2027.
À terme, le service reposera ainsi sur quatre bases : Olbia, Alghero, Cagliari et Sorgono.
La future implantation de Sorgono répond à un enjeu particulier : améliorer la couverture des zones intérieures de l’île et réduire les temps d’intervention dans les territoires aujourd’hui les plus éloignés des bases existantes.
Il ne s’agit donc ni de présenter le système comme parfait, ni de considérer l’éloignement comme une fatalité.
Il s’agit de comprendre comment le territoire répond à cette contrainte et comment cette réponse évolue.
Acheter une maison, c’est aussi comprendre ce qui l’entoure
Tout cela peut sembler éloigné d’une recherche immobilière.
En réalité, cela en fait pleinement partie lorsqu’un achat correspond à un projet de vie.
Une propriété ne peut pas être évaluée uniquement à l’intérieur de ses limites cadastrales.
Une maison peut offrir une vue exceptionnelle, plusieurs hectares de terrain et une intimité absolue. Ces qualités ont une valeur réelle. Mais elles peuvent également s’accompagner d’un éloignement plus important des services.
La pertinence de cet éloignement dépend du projet.
Une résidence occupée quelques semaines par an ne pose pas nécessairement les mêmes questions qu’une maison dans laquelle on envisage de vivre huit ou dix mois. Une famille avec de jeunes enfants, un couple souhaitant s’installer durablement sur l’île ou des propriétaires envisageant d’y passer leur retraite peuvent eux aussi apprécier différemment la proximité et l’organisation des services.
Il ne s’agit pas d’écarter les propriétés isolées.
Bien au contraire : l’espace, la nature et la confidentialité font partie des qualités les plus recherchées en Sardaigne.
Il s’agit simplement de savoir ce que l’on choisit.
Comprendre un territoire avant d’y acheter une résidence, c’est connaître ses qualités, mais aussi ses contraintes et les infrastructures mises en place pour y répondre.
La plage, l’aéroport, les commerces et les restaurants font naturellement partie de cette lecture.
Les services que l’on espère ne jamais avoir à utiliser en font également partie.
Crédits / sources des images : AREUS – Azienda Regionale dell’Emergenza e Urgenza della Sardegna ; La Nuova Sardegna. Tous droits appartiennent à leurs détenteurs respectifs.

